Bonjour !
Je vous remercie pour cette journée très riche et passionnante. Je tiens à vous féliciter pour la qualité des débats de cette journée.
En particulier, c’est rare, de nos jours, de pouvoir constater des personnes qui veulent rouvrir et faire partage à tous les usages d’un foncier. On a plutôt l’habitude de constater des actions et des tentative d’enclore, de déposséder les droits d’usage d’une Communauté de son Commun. Au contraire, ici, on assiste vraiment à une volonté de reprise de droits d’usage. C’est suffisamment important pour être souligné.
Peut-être justement que cette volonté d’ouverture est liée aux contraintes de gouvernance coordonnées d’activités séparées travaillant en silo sur un même territoire mais qui ressentent le besoins de s’interconnectés pour garantir leurs usages à terme ?
Cette journée nous aura permis de comparer les systèmes fonciers dit « ancestraux » avec celui de la Vigotte et, plus largement, le modèle des Tiers lieux ruraux et nourriciers.
Tout d’abord, il y a certains points de convergence :
– Les mutations rapides de la Ruralité provoquent un bouleversement des équilibres sociaux et écosystémiques qui oblige les personnes à (re)faire communauté ;
– Ces communautés témoignent d’une volonté de trouver et forger un lieu de conservation des savoirs et bonnes pratiques, mais aussi d’affecter ce lieu à leur transmission ;
– Il est important de conserver les usages tout en s’adaptant à la réalité. Ce lieu est le garant d’un héritage ;
– Aussi, systèmes fonciers et tiers lieu nourriciers s’envisagent comme étant au coeur des relations sociales et au service des habitants : comme une sorte de Régisseur de l’espace rural ;
– En outre, les deux systèmes ont un rapport ambigüe avec l’acteur public. Dans un premier temps, il est certain que celui-ci méconnaît ces régimes et entre souvent en confrontation avec eux. Il y parfois une volonté de mettre à l’écart l’acteur public pour laisser faire la communauté. Mais également, il y a une volonté de voir le travail de cette même communauté reconnu et protégé par l’acteur public ;
– Les deux régimes partagent également la revendication d’être des terrains d’expérimentation des pratiques sociales, culturelles et économiques d’un territoire déterminé, aux avants postes des bouleversements climatiques ;
-Enfin, fait remarquable et communs entre les deux régimes : même s’ils sont ancrés dans la vie locale et disposent d’une communauté viable, systèmes fonciers ancestraux et tiers lieux nourriciers partagent un sentiment de grande précarité et de fragilité. On pourrait leur fournir un régime juridique solide, ces Communs ne continueraient à se sentir précaires et instables.
Cependant, il y a des également des divergences entre ces deux régimes.
– Tout d’abord, la Vigotte est un tiers lieu qui veut se fédérer autour d’un bien commun qu’il n’a pas encore totalement identifié. S’agit-il de la forêt, de la rivière, de la bio-région ? Comment s’ouvrir et avec qui pour faire communauté ?
– Ici, nous remarquons une organisation juridique structurée autour d’activités qui priment sur le lieu (activités de loisirs, de sylviculture, d’hôtellerie-restauration, …) qui cherche à inverser ce rapport d’accessoires. Il s’agit désormais de mettre ces activités au service d’un bien commun. De rétablir la primauté de la ressource commune. Le bien mis en commun devient désormais premier, les activités humaines secondes. Ceci est vrai bouleversement dans la pensée juridique.
– Le tiers lieu nourricier a une approche très pédagogique tandis que le système ancestral a déjà des pratiques sociales ancrées.
– Enfin, le tiers lieu nourricier doit convaincre de son utilité sociale. Aujourd’hui, le monde agricole et rural est bâti sur une séparation des activités et une concurrence des acteurs entre eux. Pourquoi alors se contraindre à adopter un comportement communautaire alors que les autres sont égoïstes ? Que cet individualisme s’exprime au niveau international avec les accords de libre-échanges (Mercosur-UE), au niveau national ou au niveau local ? Quel serait l’intérêt individuel à ce travail commun alors que toutes les institutions actuelles poussent à la compétition des usages et non à leur auto-régulation par une Communauté responsable ?
Pour conclure, ne faut-il pas considérer système fonciers ancestral et tiers lieu nourricier comme deux déclinaisons d’un « commun de proximité » ?
Définis par la Coop des Communs comme une initiative citoyenne autogouvernée dont la visée est le service de l’intérêt général, dont l’accès reste ouvert, ancré sur le territoire et respectueux des écosystèmes dans lesquels elle est insérée ?
A cette question, il importe de s’intéresser au type se service que le Commun peut apporter aux individus et, plus largement, à la Communauté usagère.
Comment dépasser donc l’individualisme pour développer l’intérêt commun ?
Sommes-nous forcés de revenir à une économie de la subsistance ou à contraindre fortement l’économie pour établir des consommations locales pour permettre aux citoyens de se fédérer en Commun ?